Pages retrouvées : La presse d’antan et le Freinet. Saint-Tropez vu par Paul Alexis

Octobre 2018 • par Albert GIRAUD

Chronique historiquePresse et livre d'autrefois

Paul Alexis (1847-1901), né à Aix mais devenu parisien, est un romancier naturaliste du « groupe de Médan » et qui fut un intime d’Emile Zola. Pour un motif inconnu – mais peut-être lié à son amitié pour le peintre Paul Signac – il eut l’occasion de séjourner en 1893 au château des Garcinières et en rapporta pour Le Journal une
chronique dont voici un extrait.

La vie de château
au pays des Maures

Saint-Tropez d’abord – « un morceau de paradis tombé au bord des flots bleus » a dit je ne sais plus qui – la petite capitale maritime de la région ; 3 500 âmes : des pêcheurs et un tas de vieux capitaines au long cours, en retraite, au milieu des palmiers et des lauriers-roses. À leur aise, riches parfois, les vieux loups de mer, mais pas toujours commodes, se regardant comme des chiens de faïence. N’importe ! Saint-Tropez est fier de sa promenade des Lices, semblable aux allées de Meillant à Marseille, – de sa citadelle bastionnée, mais désormais inutile, – et surtout de la statue du bailli de Suffren campée devant le port, et due à l’initiative de M. Martin de Roquebrune, l’ancien maire, qui a beaucoup fait pour Saint-Tropez. La fête d’inauguration, en 1866, avec toute l’escadre pavoisée, l’amiral, un aide de camp de l’empereur et Alexandre Dumas père, est toujours présente dans les mémoires. Il faut encore signaler le petit port des Calangues, empourpré comme un Claude Lorrain dans le soleil couchant, – et mon ami Paul Signac, devenu propriétaire à Saint-Tropez, parce qu’il y a de quoi peindre sa vie durant ; sans compter que sa flotte, son cinq-tonneaux Olympia et son demi-tonneau Faux-Col y met une délicieuse tache blanche parmi les lourds chalands et les noires tartanes.
Et je ne vous ai rien dit de Saint-Tropez si je ne vous parle des bravades, sorte de procession-mascarade à la fois sacrée et militaire, et de petite guerre aussi, des plus palpitantes, où une fois chaque année, « tromblons » et pistolets brûlent 1 200 kilos de poudre en l’honneur du « saint » et d’une victoire remportée en 1537 par nos
marins saint-tropéziens sur les Espagnols. Mais cela se célèbre en mai,… et je ne raconte jamais que ce que j’ai vu.
Dans la vieille église, au dessous du « saint » représenté comme un agréable jeune homme, en bois colorié, avec moustache noire et casque d’or, se trouve un panneau représentant le corps du saint, décapité, étendu sur une barque, entre un chien et un coq. Chargée de cet étrange équipage, la barque, d’après la légende, aborda
dans la crique devenue plus tard le port. Là, le chien continua de garder le décapité ; mais le coq prit sa volée et alla s’abattre dix kilomètres plus loin, dans les terres, au milieu d’un champ de lin, où se trouve aujourd’hui Cogolin (coq au lin).

Déjà remarquable par le type pur, la délicieuse coquetterie native de ses jolies filles, et par les étalons de son haras (une succursale de celui de Perpignan), qui d’année en année, arrivent à améliorer la race petite mais
nerveuse et vite des « chevaux du golfe », Cogolin n’a pas dit son dernier mot : un mignon chemin de fer, déjà en construction, va le relier directement à Saint-Tropez, et l’avenir est large.

Paul ALEXIS
Le Journal, 13 septembre 1893.

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