L’histoire d’un objet : une Bible protestante à la Garde-Freinet

Novembre 2017 • par Albert GIRAUD, membre du conseil d'administration du Conservatoire

Chronique historiqueHistoire d'un objet

Cet élégant petit volume à reliure gaufrée fut possédé par une famille de  » ménagers  » de la Garde-Freinet dans laquelle il s’est transmis jusqu’à nos jours.

Il contient le Nouveau Testament (Évangiles, Épitres et Actes des Apôtres) plus une version intégrale des Psaumes. Paru en 1869, il est édité par la maison Ostervald, imprimé à Bruxelles, distribué par la Société biblique britannique et accompagné d’une lettre à l’en-tête du drapeau helvétique.
Comment un ouvrage aussi « international » -et peut-être le seul livre possédé par cette famille- est-il parvenu dans une bastide isolée du Pays des Maures où la seule religion connue était le catholicisme traditionnel ?
Tout s’éclaire lorsqu’on lit la lettre insérée dans les premières pages du volume :
Le soussigné, agent de la Société Biblique, a l’honneur de vous transmettre ce Nouveau Testament, en souvenir de l’objet de votre affection, mort pendant ou par suite de la guerre franco-allemande 1870-1871.
Dieu veuille bénir ce témoignage de sympathie pour toute votre famille et vous donner de prendre pour guide de votre vie la lecture et l’étude de l’Évangile tel que Jésus-Christ nous l’a remis. C’est par ce moyen seulement que la France deviendra une nation heureuse et vraiment libre.
Charles Romuald Bérenguier, le défunt dont il est question (1839 -1871), était mort, en suite de blessure ou de maladie, à l’hôpital de Saint-Tropez, laissant sa famille au désespoir car il était le seul héritier masculin du domaine familial.
Cette opération d’apostolat religieux –on dirait aujourd’hui de communication- était de grande envergure puisqu’elle nécessitait de disposer de la liste officielle des victimes de la guerre.
Mais évidemment cette mission protestante était très mal vue des autorités catholiques. Les évêques ne cessent de demander l’interdiction de ces campagnes qui menacent la foi catholique protégée par le Concordat, et ils ajoutent –avec une bonne dose de mauvaise foi- un ultime argument : sous les apparences de missionnaires protestants se cacheraient des espions allemands !

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