Histoire d’un objet : la boîte de café Deschamps

Décembre 2018 • par Albert GIRAUD, membre du conseil d'administration du Conservatoire

Chronique historiqueHistoire d'un objet

Dans nombre de bastides du pays des Maures on retrouve, au fond d’un placard ou dans un coin du grenier une boîte en fer blanc, aux couleurs un peu passées, mais qui fut autrefois d’un joli vert avec des motifs gaufrés et des lettres dorées. Vidées de leur contenu d’origine elles servirent longtemps de boîtes à boutons, d’accessoires de cuisine … ou de réceptacle de monnaie et de billets de banque. Cet emballage soigné et presque prétentieux avait renfermé un produit toujours réservé aux classes aisées de la population à la fin du XIXe siècle : le café vert en grains. On sait – ou on a oublié – que seul le café vert se conserve, tandis que le café moulu s’évente rapidement. Tous les ménages qui en consommaient, possédaient donc un « brûloir » ainsi qu’un moulin à café et ne pratiquaient l’opération que parcimonieusement.

Une très active entreprise de commerce de cafés, la maison Deschamps, qui avait son siège à Paris mais une très importante part de ses activités à Marseille, avait trouvé une astucieuse façon de se rapprocher de ses clients : c’était de se servir des facteurs des postes qui visitaient quotidiennement tous les quartiers d’une commune comme représentants de la marque. C’est ce qui se pratiquait à la Garde-Freinet où le facteur – avec l’accord de sa hiérarchie ou à son insu, on ne le sait – prenait les commandes et livrait les boîtes de café dans les bastides les plus reculées pour arrondir son traitement.
Mais ce n’est pas seulement dans son originale relation produit-client que cette boîte retient notre attention ; elle a eu aussi un rôle inattendu dans la diffusion des nouvelles, et voici comment.
Seules, comme on l’a vu, des femmes disposant d’une certaine aisance pouvaient se procurer du café Deschamps, – en effet à cette époque le café est une boisson féminine, consommée entre amies (l’alcool est réservé aux hommes et le thé est encore inconnu dans les campagnes). Offrir un café est donc un geste amical mais aussi une occasion de conversation.
Du seuil de sa bastide lorsqu’elle apercevait une passante sur le grand chemin, la maîtresse des lieux ne manquait pas de l’interpeller :
Oou Mioun ! Que novi ? Que si dis de noou à la Gardi ? Vouas uno tasso de café ?
Comment refuser une telle invitation surtout lorsqu’on est une pauvresse ne pouvant s’offrir à la maison cette boisson de riches ? Les femmes s’attablaient et les langues allaient bon train, l’actualité locale et les indiscrétions faisant le fond de l’entretien…
Et c’est ainsi que sans internet ni téléphone portable les nouvelles se diffusaient à l’époque… grâce aux boîtes du café Deschamps !

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