Le relief (6ème partie)

Décembre 2010 • par Elisabeth SAUZE, archiviste paléographe

Le coin des toponymistesRelief

Il y a peu de surfaces planes dans le pays du Freinet. Exception faite de la dépression permienne et des plaines littorales formées autour des estuaires de la Giscle, du Préconil et autres petits fleuves côtiers, on ne trouve guère que d’étroits fonds de vallée, dont le plus vaste environne le Plan-de-la-Tour, et de petits plateaux suspendus entre des vallons. Toutes, même les plus exigües, ont été autrefois mises en culture et ont donc reçu un nom. Les toponymes qui leur sont consacrés utilisent néanmoins un vocabulaire assez pauvre et l’on trouve parmi eux surtout des composés.

Au premier rang des termes usités, le provençal plano, doit son succès à sa proximité du français  » plaine « , qui l’a presque partout remplacé dans l’usage local. Au singulier, il désigne souvent un espace si réduit qu’on lui a donné pour déterminant le nom du propriétaire qui l’exploitait : la Plaine de Bauc (1613, sur la limite de Grimaud), la Plaine de Contestin (1613, non localisé), la Plène de Brenguairon (1715, dans le quartier de la Castagnarède au sud du village), la Plène de Maisonier (1715, sur le bord sud du plateau de Saint-Clément), la Plène de Preston (1715, sur les confins de Vidauban), la Plène de Quaisan (1715, au quartier des Plaines), la Plène de Roubaut (1715, au quartier de Val Verdun), la Plène de Verre (1715, entre la Court et Val verdun), la Plène du Quantadou (1715, au sud du col de Vignon). La surface désignée paraît être plus spacieuse quand le déterminant est un autre nom de lieu : la Plaine de Langastoua (1613, entre les vallons descendant de Val Daubert et des Sinières), la Plène de Saint-Elloi (1715, actuel stade), la Plène de l’Ordière (1715, entre Rousset et les Vernades), la Plène du Bouis (1715, aux environs du Camp de la Suyère). Notons encore la Plène Gaugoue (1715, près de la Moure), étendue caillouteuse analogue (et peut-être utilisée comme telle ?) à une aire de battage (de l’ancien provençal caucar = battre, fouler). Sans déterminant, mais au pluriel pour indiquer l’étendue remarquable de ce quartier bien connu, qui a focalisé l’habitat d’un des principaux écarts de la Garde-Freinet, les Plaines (las Plannas en 1613, les Plènes en 1715). Deux diminutifs, enfin : la Planette, (1815, petite esplanade à l’extrémité nord du village) et la Planone (1815, fond de vallon près des Portètes).
La forme féminine qu’on vient de voir a presque complètement éclipsé le masculin plan, d’emploi général jusqu’à la fin du Moyen-âge. Cette forme masculine n’a pas laissé de trace dans la toponymie gardoise, qu’on ne connaît qu’à partir du milieu de XVIe siècle. Mais à titre d’exemple, il suffit de citer le nom du Plan-de-la-Tour, qui fut jusqu’au XVIIIe siècle un écart de la Garde-Freinet.
Le parler local, ici comme partout en Provence, utilise encore le mot iero ou sa version française  » aire  » pour désigner toute surface plane de petites dimensions. Lorsqu’il ne signale pas le terrain aménagé jadis pour battre le grain, le terme s’applique à tout replat suspendu sur la crête ou le versant d’un relief : l’Aire de Lagu (1715, zone plate sur la crête des Roches-Blanches) ; l’Hière d’Empieigne (1613, petit sommet plat au sud de Lautourière) ; l’Hière de Piarre (1613, au quartier de la Bagarède) ; l’Ière d’Abeille (1715, non localisée) ; l’Ière d’Anterras (1613, au quartier de Vaucron) ; l’Ière de Cugullat (1715, au quartier de la Lioure) ; l’Ière de la Croix (1715, sur la colline à l’est du village) ; l’Ière de Porquier (1613, à l’est de Colle-Dure) ; l’Yère de Lengastoa (1613, aujourd’hui la Plaine de Lengastoue) ; l’Ière du Pas du Suvé (1715, non localisé). Comme pour les plaines, le déterminant employé pour individualiser chacun de ces espaces est tantôt un nom de lieu, tantôt un nom de personne. Le diminutif ireto a donné son nom au quartier des Eyrètes (las Airettos en 1613, les Airettes en 1715).

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